À 40 kilomètres au nord-ouest de Lyon se situe le village de Saint Julien, niché parmi les collines recouvertes de vignobles dans la région du Beaujolais. Claude Bernard est né ici le 12 juillet 1813, dans une maison du hameau de Chatenay, perché sur une colline qui domine le village. Cette demeure, ainsi que de nombreux hectares de vin, représentaient la dot que Jeanne Saunier reçut de son père Etienne quand elle se maria avec son cousin Jean François Bernard en 1807.

Claude Bernard avait deux sœurs aînées, décédées dans leur enfance. Sa 3ème sœur, Antoinette Caroline est née 16 ans après Claude en 1829. Son père Jean François vient d’une famille d’agriculteurs du village voisin, Arnas dont il était maire. Après son mariage il essaya de se lancer dans le négoce du vin en direction de Paris. Comme de nombreuses entreprises de son temps, son activité s’effondra après la chute de Napoléon 1er. Jean François contracta de nombreuses dettes que son père régla immédiatement; mais il n’est pas clair si son père a pu être complètement remboursé. Certainement ses gains étaient faibles; composés des profits des vignobles et de revenus comme précepteur à son domicile d’un groupe d’enfants du village.

Claude Bernard commença à aller à l’école de Saint Julien. Le curé le recommanda plus tard pour parfaire son éducation au collège jésuite de Villefranche sur Saône, quelques kilomètres à l’est. Il montra peu de promesses académiques mais il se fit beaucoup d’amis, en particulier Pierre (Benoît) Blanc avec qui il resta en contact étroit. Les parents de Claude, peut-être déçus de ses performances scolaires, s’arrangèrent pour qu’il passe une année supplémentaire au collège Royal de Thoissey, dans le district de l’Ain situé 40 kilomètres au Nord.

Cela se passait un peu mieux dans ce nouveau collège. Claude était peu intéressé par les principaux sujets au programme, mais il développa une passion pour la période romantique aussi bien en art qu’en littérature. Hernani de Victor Hugo était une de ses pièces favorites et il devint intéressé par les tableaux de Delacroix. L’empreinte de Dante et de Virgile l’accompagnera plus tard lors de ses nombreux changements de résidence. Dans un essai écrit par Claude Bernard il était clair qu’il avait étudié les théories des couleurs et de la lumière. Une de ses idoles était le mathématicien et physicien Fresnel dont les travaux sur la réfraction de la lumière ont été pris en compte dans l’éclairage des phares.

À Thoissey il devint aussi intéressé par la philosophie en particulier par les travaux de René Descartes. L’évitement du doute, la question de vérité, doctrines cartésiennes, l’ont presque certainement influencé à cette époque. Il échoua à son baccalauréat, probablement par son refus de s’enfermer dans le programme du collège. Ainsi lorsqu’il quitta Thoissey à l’âge de 18 ans, il n’avait aucune qualification, ni d’idée sur son avenir. Il eut certainement du plaisir à écrire, et apparemment avait beaucoup d’imagination. L’idée d’écrire une pièce de théâtre était toujours présente à son esprit. Cependant ses parents ne voyaient certainement pas cela comme un avenir pour sa carrière.

La même année que Claude entra à Thoissey, son ami Benoît Blanc quitta Villefranche pour travailler comme apprenti pharmacien avec un certain Monsieur Millet à Lyon. Blanc écrivit à Claude avec beaucoup d’enthousiasme à propos de sa nouvelle carrière. Les parents de Claude souhaitaient qu’il trouve une profession qui lui convienne; alors Claude, plus motivé par l’amitié que par l’intérêt spécifique s’arrangea à rejoindre son ami en janvier 1832, comme apprenti dans la pharmacie de Millet. (à l’époque le baccalauréat n’était heureusement pas nécessaire pour cette formation).

                                              La vie à Lyon....