Le jeune Bernard arrive à Lyon en janvier 1832 pour faire son apprentissage. Il trouve sa voie rue Royale dans la commune de Vaise, et une heureuse rencontre avec Benoît Blanc avec lequel il partage son logement dans le grenier de la pharmacie. Le travail de Bernard était initialement subalterne, et il fut embarrassé lorsqu’une voiture pleine de collègues de son ancienne école passa, juste au moment où il était en train de nettoyer le chemin devant la pharmacie. Il devait se contenter du petit compliment reçu pour la préparation d’un pot de cirage à chaussures.     

Il fut rapidement intrigué par le nombre de préparations dispensées sans support expérimenté pour leur efficacité (autant qu’il puisse en juger selon Millet ou des livres de références). La variété des symptômes et les conditions dans lesquelles étaient utilisées potions ou pastilles étaient aussi confus : en particulier le thériaque avec ses 70 constituants. C’était inventé par Mithridate 2000 ans auparavant, utilisé comme un antidote du venin de serpent. Plusieurs siècles après ce fut modifié par Galien, et alors largement préparé comme une panacée pour de vagues symptômes et dans des conditions qui défient tout diagnostic – et il y en avait beaucoup. Bernard trouve aussi que son patron ajoute de temps en temps ses propres ingrédients : vestiges d’autres prescriptions. Tout cela était contraire à la vérité cartésienne il s’attendait pourtant à la trouver, vu l’importance de la pratique médicale sur la santé de l’homme.

Désillusionné par la science de la pharmacie, il travaille en secret sur une pièce de théâtre qu’il avait toujours voulue écrire. Comme on pouvait le prévoir, Millet ne fut pas du tout content quand son apprenti reconnut ce qu’il faisait pendant son temps libre. Néanmoins, Bernard avait déjà trouvé quelqu’un pour produire sa pièce, peut-être dans un petit théâtre dans la Galerie de l’Argue. Son vaudeville Rose du Rhône était un succès. En partie, c’était grâce à la fermeture du Célestins et du Grand Théâtre, à cause de l’épidémie de choléra qui sévissait en France. Bernard fut content lorsqu’il reçut 100 francs à la fin de la saison. Sa pièce ne fut jamais publiée et le manuscrit malheureusement perdu.

Peu après, Bernard fait une erreur grave dans la cave, où sont stockés les produits utilisé pour les remèdes pharmaceutiques. C'est un acte par inattention qui aurait pu presque lui coûter la vie. Millet fut furieux, surtout quand il découvrit que Bernard était aussi en train d’écrire une nouvelle pièce en cinq actes, un drame historique intitulé Arthur de Bretagne MTL63. Il n’y avait sûrement aucune surprise quand Millet mit fin à son apprentissage. C'est en juillet 1833 que Bernard dit au revoir à son ami Blanc, et retourne à Saint Julien voir son père mécontent et sa mère – comme toujours plus compréhensive. Cette année là, Bernard aide avec enthousiasme à la récolte des raisins. Pendant qu’il met une dernière touche à sa pièce de théâtre, Madame Bernard l’aide à ce qui lui semblait être son choix de carrière à l’époque.

Madame Bernard se souvint d’avoir rencontré à Villefranche une femme dont le fils, Jean Vatout était l’enfant naturel du duc d’Orléans, conçu lors d’un bref séjour dans la ville une quarantaine d’années auparavant. Ce jeune homme était un brillant écolier plein de promesses ; le duc s’arrangea pour le faire venir à Paris, lui donner une éducation privilégiée lui permettant de faire une carrière comme bibliothécaire de son père. En 1830 Louis Philippe, le fils légitime du Duc devient roi et nomme son demi-frère Jean Vatout ministre des monuments historiques. Madame Bernard savait que Vatout devenait un écrivain reconnu pour plusieurs livres de poèmes et même des chansons à son nom. Elle écrivit à la mère de Vatout à Villefranche pour lui demander pour Claude une lettre d’introduction à Jean Vatout.

Ayant atteint son but, Madame Bernard envoya Claude à Paris avec la lettre d‘introduction et le manuscrit de Arthur de Bretagne. Vatout ne perdit pas de temps pour recommander Bernard auprès du grand maître du classique, Saint Marc Girardin. Attaché à la Sorbonne, il était aussi critique de théâtre hautement reconnu : il avait rageusement condamné le romantisme de Victor Hugo dans Hernani, joué au Théâtre Français trois ans auparavant. Girardin obligeamment lit Arthur de Bretagne et sans pitié condamne sa pièce (aussi on peut s’étonner de ce qui a poussé Vatout à proposer à Girardin de la lire en premier, étant donné qu’il connaissait son opposition au romantisme). Vatout ensuite suggère de demander l’opinion de Pierre Ligier, un acteur renommé pour son jeu dans des rôles romantiques, mais il fournit aussi un avis défavorable sur la pièce de Bernard.

« Vous avez fait de la pharmacie... » Girardin enfin conseille à Bernard. « ...pourquoi n’étudiez vous pas la médecine; vous pourriez être meilleur en écrivant des articles scientifiques ».

Bernard souffre de cette situation. Il aurait pu poursuivre en demandant d’autres opinions sur sa pièce, mais finalement il se décide à suivre la suggestion de Girardin. Il déménage dans une pension de famille, et il étudie pour le nécessaire baccalauréat à obtenir en premier. Il le réussit à sa deuxième tentative en été 1834. Il fut donc accepté à l’école de médecine, peut-être aidé par son expérience en pharmacie.
Cependant subsistait l’obstacle du service militaire obligatoire. À cette époque, on pouvait acheter le fait de se dégager de cette obligation. Donc ses parents empruntent les 1800 francs nécessaires pour qu’il soit remplacé à l’armée par un jeune homme nommé Deschamps. Alors Bernard, délivré de cette contrainte, commence en automne à étudier pour sa nouvelle carrière.

                                 Un étudiant à Paris …..