Cinq ans auparavant, Bernard démontrait que la digestion gastrique du sucre de canne et de l’amidon aboutit à la formation de glucose prêt à être absorbé. Maintenant en 1848, il décide d’explorer où le glucose va être transporté dans le corps - l’économie animale23,46. Utilisant une méthode d'analyse plus sensible mise au point par BarreswillMTL47(p130,190), il est très surpris de détecter du glucose dans le sang des animaux nourris avec un régime sans hydrate de carbone – ou même s’ils ont été laissés sans manger pendant quelques jours. Est-il possible que le glucose soit synthètisé par le corps lui-même ?

 

Pour clarifier ce point et pour identifier son origine, il préleve du sang des vaisseaux abdominaux de plusieurs variétés d’animaux à jeun. Il découvre en particulier un taux élevé de sucre dans la veine hépatique issue du foie. Il y avait aussi un taux important de glucose dans la veine porte juste à son entrée dans le foieMTL47(p123). Cela l’intriguait, puisque en période de jeune, il fait le raisonnement qu’il ne pouvait pas y avoir de nourriture dans l’intestin à partir duquel la veine porte tributaire puisse collecter un tel nutriment. Peut-être le glucose était entré dans la veine porte par un écoulement inversé à partir des veines hépatiques. Sa théorie s’appuyait en retrouvant un taux encore élevé de sucre dans la veine porte, après avoir ligaturé la veine porte entre l’intestin et le foie.

Enfin il analyse le tissu hépatique lui-même d’une grande variété de mammifères, oiseaux, reptiles et poissons. Des taux importants du glucose étaient retrouvés dans chaque foie examiné; pourtant dans aucun autre organe du corps23,24,MTL20(t.1p63). Il peut à peine croire que le foie puisse fabriquer du glucose. La fonction hépatique connue était la sécrétion de la bile, et le célèbre Xavier Bichat et bien d’autres avant lui avaient insisté sur le fait que chaque organe n’avait qu’une seule fonction. En outre les animaux n’étaient pas supposés faire la synthèse de glucose. Dumas et Boussingault, professeurs très reconnus enseignaient que les plantes, et seulement les plantes pouvaient synthétiser des substances nutritives.

 

Mais le foie fabrique-t-il effectivement du glucose, ou seulement le stocke-t'il quand le corps en a besoin? Cette question nécessiterait d’être posée tôt ou tard. Mais, la première priorité de Bernard est : qu’est-ce qui contrôle la libération du glucose dans la veine hépatique à sa sortie du foie? Croyant profondément que les fonctions chimiques du corps étaient sous le contrôle du système nerveux, il décide d’observer ce qu’il advient s’il coupe les nerfs pneumogastriques (les nerfs vagues auquel on se réfère actuellement). C’était une expérience très logique, puisque ces nerfs, une partie du système parasympathique, ont leurs origines dans le cerveau et possèdent des terminaisons nerveuses dans le foie. Quand il coupe les nerfs vagues, il retrouve en effet moins de glucose dans la veine hépatique à sa sortie du foieMTL20(t.1,p288,360,366). Cependant, ensuite quand il stimule électriquement le vague (son fameux test de contre-épreuve) le glucose libéré par le foie n’augmente pas. De ce fait, ces nerfs vagues n’étaient pas responsables de l’augmentation du glucose.

 

En 1849 il explore le cerveau. Utilisant une aiguille, il stimule le plancher du quatrième ventricule cérébral où le vague (comme d’autres nerfs) a son origine. Cette fois le taux du sucre sanguin s’élève d’une manière impressionnante34. Bernard appelle ce phénomène « diabète piqûre ». Cependant, c’est seulement une augmentation du taux du glucose, qui ne dure jamais plus d’une journée, et de ce fait peut difficilement être appelé « diabète ». Ensuite, l’augmentation du glucose n’est pas exclusivement du ressort des nerfs vagues, puisque s’il les coupe avant l’excitation du quatrième ventricule, il n’empêche pas l’augmentation du glucose (encore une autre contre épreuve ratée)38,MTL25(t2,p431).

 

Déterminé à explorer chaque voie d’accès, il continue et coupe les filets nerveux spinaux juste au dessus de la sortie des nerfs splanchniques qui transportent les fibres nerveuses appartenant au système nerveux sympathique. Cette fois le phénomène d’induction du diabète est en fait bloquéMTL47(p368). Bernard fait néanmoins erreur en pensant que le système sympathique a un effet direct sur le foie. Seulement des dizaines d’années après, il fut démontré que lorsque l’on stimule le système sympathique, les terminaisons des ces nerfs libèrent de l’adrénaline : c’est son action chimique qui provoque la libération du glucose par le foie.

 

Un jour Bernard découvre que son assistant a laissé un foie sur une paillasse du laboratoire lors d’une expérience pratiquée: la veille, ils avaient ensemble analysé son contenu en glucose. Bernard, de façon impulsive décide d’extraire de nouveaux échantillons; à sa surprise il trouve encore plus de glucose que lors de son prélèvement précédent. Cette donnée apporte un appui à son idée révolutionnaire: le foie fabrique du glucose. Il se livre alors à des expériences du « foie lavé ». Il espérait qu’elles lui fourniraient une preuve définitive.

 

Il injecte à plusieurs reprises de l’eau dans la veine porte à son entrée dans le foie; il prend des échantillons de sang de la veine hépatique à sa sortie du foie jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de glucose détectable dans ces échantillons. Un jour plus tard, il répète l’expérience de lavage sur le même foie et trouve que le glucose est de nouveau apparu dans les veines hépatiques, et même à un taux plus élevé que dans l’expérience de la veille134. Maintenant il sait que le foie ne stocke pas simplement du glucose. Le foie a produit récemment du glucose pendant la nuit 62,MTL27(t.2,p110),MTL47(p181,300,568).


Non seulement c’était faire un pas en avant dans la compréhension du métabolisme du glucose, mais cela invalidait la vieille théorie de l’époque selon laquelle chaque organe n’a qu’une seule fonction. Cela détruisait également le concept selon lequel les animaux étaient incapables de synthétiser des éléments nutritifs. Bernard établit alors une théorie importante : une substance (le glucose) produite dans un organe (le foie) a la capacité d’être utilisé ailleurs en étant transporté par le courant sanguin. Il suggère aussi que d’autres organes : thyroïde, rate, surrénales et thymus pourraient être reconnus en temps voulu en tant que glandes à sécrétion interne. Bien que le glucose ne soit certainement pas une hormone, le concept de Bernard était le premier pas dans la definition du système endocrinienMTL20(p96),MTL27(t.2.p412),MTL31(p59).
 


Il a alors l’intention d’identifier le précurseur chimique du glucose dans le foie; mais sans savoir exactement ce qu’il recherche, il était difficile à l’époque pour un chimiste de l'aider. Il réfléchit et poursuit ses expériences, et il désigne cette substance, encore inconnue sous le nom de glycogène. Dans le même temps, plusieurs publications et présentations étaient le résultat de ses études sur le glucose: en 1849 à la société de biologie37,39,41,46,60 qu’il a lui-même récemment aidé à créer ; et en 1850 à l’Académie des sciences34, qui l’année d’après le récompensa pour la troisième fois par un prix en physiologie expérimentale62. En plus, en 1853, il est récompensé par un doctorat en sciences naturellesMTL10.

 

Le curare attire l’attention de Bernard de nouveau. De nouvelles études confirment que le curare agit exclusivement sur les nerfs moteurs; les nerfs sensitifs restent parfaitement intacts. Des expériences montrent que si l’animal peut être gardé en vie sous respiration artificielle jusqu’à ce que l’effet du curare disparaisse, l’animal se rétablit complètement61,65. Cela fraye la voie aux médecins, d’utiliser le curare comme relaxant musculaire dans le traitement de tetanos143,145, dans des épilepsies sévères et actuellement en chirurgie abdominale. Cela pousse aussi Bernard à proposer que des poisons puissent être utilisés plus systématiquement pour analyser les phénomènes les plus délicats du mécanisme vital, une sorte de dissection physiologique. Il fait de la même manière des expériences avec de la strychnine et d’autres poisons 26,MTL24 .  Néanmoins c’est le curare qui continue à le fasciner ; il étudie et écrit sur ce sujet pendant les vingt années suivantes168,169,205,228. Il découvre aussi que de donner du curare ou de la strychnine induit une augmentation temporaire du taux de glucose dans le sang; un phénomène qu’il attribue encore à l’effet de stimulations nerveuses.

 

Comme toujours, ses idées et ses résultats d’expériences étaient classés dans un de ses cahiers de notes. Parmi ceux-ci, le cahier rouge est le document le plus révélateur de ses nombreuses voies de recherche. Rassemblés entre 1850 et 1860, cet unique et maintenant célèbre document contient de toutes manières ses observations et ses idées, et non seulement ses sujets de recherche. Le lire est essentiel pour comprendre le courant de ses penséesMTL57,MTL59.
 

Peut être stimulé par leurs effets sur le métabolisme du glucose - le diabète piqûre -  Bernard aiguille ses efforts de recherche sur les nerfs sympathiques eux même. Il trouve dans la bibliothèque un rapport de Pourfour de Petit: en 1727, il avait décrit un rétraction de la pupille de l’œil (mydriase) dans un homme dont un côté du cou avait été endommagé lors d’une blessure par balle. Petit avait obtenu l'inverse de ce phénomène (un rétrécissement) en coupant le nerf sympathique d’un côté du cou d’un animal. En 1851 Bernard répète l'expérience de sympathectomie de Petit. Ayant retrouvé l’effet attendu sur la pupille, il fait des nouvelle découvertes : "...un reserrement de l'ouverture palpebrale, un rétraction du globe oculaire, et une augmentation de la chaleur de la tête du même côté..."80. Des expériences suivantes montrèrent que l’élévation de la température était due à une augmentation du flux sanguin du côté de la sympathectomie70,73,156.

Beacoup plus tard, en 1869, Horner, un médecin suisse décrit la gamme des manifestations d'une destruction du nerf sympathique au niveau du cou en conséquence d'un cancer. Il décrivait aussi un diminution de la transpiration. En plusieurs pays ces élements sont référencés comme le syndrome de Horner - en France plus correctement comme le syndrome de Claude Bernard-Horner (SCBH). En contre épreuve typique, Bernard stimule électriquement le sympathique. La pupille se dilate, la température de la peau diminue, et le flux sanguin au niveau de la tête est réduit du côté de la stimulation75,76,80 : ce syndrome rare a été référencé depuis comme le syndrome de Pourfour du Petit (SPDP) ou le syndrome de Claude Bernard 88Bernard conçevait que le système nerveux sympathique contrôle aussi le flux sanguin à l’intérieur du corps, et est probablement un principal régulateur de la température corporelle. C'était le début de ses plusieurs expériences au sujet de la chaleur animale. 

 Il y eut des défis agités lancés par de nombreux chercheurs - en particulier Budge et Waller - concernant l’originalité de ses recherches, mais finalement l’Académie des Sciences le récompense pour la quatrième fois par le prix de physiologie expérimentale. Mais il devient fatigué par ses recherches. Ses adversaires inlassablement remettent en cause ses idées et ses résultats, l’obligeant à les défendre en public. Sa défense est le plus souvent couronnée de succès mais de tels conflits commencent à l'éprouver. Sa relation avec Fanny devient de plus en plus mauvaise. Il a vraiment besoin de s’arrêter. En 1853, la ligne de chemin de fer PLM (Paris Lyon Marseille) est complètement terminée. Sa visite de sa mère à Saint Julien, pour l’aider à superviser la récolte du raisin, fut plus rapide et moins ardue qu'auparavant.

 

A son arrivée, sa mère lui dit qu’elle a décidé, en partie pour diminuer l’impôt sur la succession, de donner à Bernard les vignobles de la famille, et à sa sœur la maison. Le retour à la maison devient alors pour lui un plus grand plaisir. Fanny ne voudra que rarement partager ses séjours: elle ne s’entendait réellement pas avec Madame Bernard.

 

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