Les origines des citations Bernardiennes sont indiquées par le code suivant:
 
      cn - "Cahier de Notes"
    pnd - "Pensées - Notes Detachées"
  ieme - "Introduction à l'Étude de Médecine Expérimentale"

Suite.....

41. Tous les hommes qui se bornent à parler expérimentation au coin de leur feu ne font rien pour la science; ils lui nuisent plutôt (cn).

42. L'observation est insuffisante en physiologie; c'est pour cela qu'on expérimente pour aller plus loin. L'observation peut seulement suffire dans les sciences les plus simples, l'astronomie par exemple, mais elle devient d'autant plus nécessaire que les sciences sont plus complexes (cn).

43. On fait une observation ou une expérience, mais une fois l'observation ou l'expérience faite et constatée, on raisonne et c'est alors qu toutes les explications peuvent arriver avec la couleur de l'esprit de chacun (cn).

44.  Il n'y a de certitude qu'au-dedans de nous. Nous avons conscience d'un fait, c'est ce qui est vrai. Nous n'avons pas conscience absolue d'une théorie; elle n'est que provisoire (cn).

45. On peur acquérir de l'expérience sans faire les expériences, par cela seul qu'on raisonneconvenablement sur les faits bien établis, de même que l'on peut faire des expériences et des observations sans acquérir de l'expérience, si l'on se borne à la constatation des faits. (ieme)  

46. Il faut avoir été elevé et avoir vécu dans les laboratoires pour bien sentir toute l'importance de tous ces détails de procédés d'investigation, qui sont si souvent ignorés et méprisés par les faux savants qui s'intitulent généralisateurs. (ieme)

47. On peut acquérir de l'expérience sans faire des expériences, par cela seul qu'on raisonne convenablement sur les faits biens établis, de même que l’on peut faire des expériences et des observations sans acquérir de l’expérience, si l' on se borne à la con­statation des faits. (ieme)

48.  Il faut avoir été élevé et avoir vécu dans les labora­toires pour bien sentir toute l’importance de tous ces détails de procédés d'investigation, qui sont si souvent ignorés et méprisés par les faux savants qui s'intitulent généralisateurs. (ieme)

49.  L'expérimentateur force la nature à se dévoiler, en l'attaquant et en lui posant des questions dans tous les sens; mais il ne doit jamais répondre pour elle ni écouter incomplètement ses réponses en ne prenant dans l'expérience que la partie des résul­tats qui favorisent ou confirment l'hypothèse. (ieme)

50.  Quand il s'agit de la médecine et des scien­ces physiologiques, il importe de bien déterminer sur quel point doit porter le doute, afin de le distinguer du scepticisme et de montrer comment le doute scientifique devient un élément de plus grande certitude. (ieme)

51.  Le douteur est le vrai savant; il ne doute que de lui-même, et de ses interprétations, mais il croit à la science; il admet même dans les sciences expéri­mentales, un criterium ou un principe scientifique ab­solu. Ce principe est le déterminisme des phénomènes, qui est absolu aussi bien dans les phénomènes des corps vivants que dans ceux des corps bruts. (ieme)

52.  Quand on qualifie un fait nouveau de découverte, ce n’est pas le fait lui-même qui constitue la découverte, mais bien l’idée nouvelle qui en dérive; de même, quand un fait prouve, ce n’est point le fait lui-même qui donne la preuve, mais seulement le rapport rationnel qu'il établit entre le phénomène et sa cause. (ieme)

53.  Les coïncidences constituent, ainsi que nous les verrons plus loin, un des écueils les plus graves que rencontre la méthode expérimentale dans les sciences complexes comme la biologie. C'est le post hoc, ergo propter hoc des médecins auquel on peut se laisser très facilement entraîner, surtout si le résultat de l'expérience ou de l'observation favorise une idée préconçue. (ieme)

54. La contre-épreuve donc le caractère essentiel et nécessaire de la conclusion du raisonnement expérimental. Elle est l'expression du doute philosophique porté aussi loin que possible. C'est la contre-épreuve qui juge si la relation de couse à effet que l'on cherche dans les phénomènes est trouvée. (ieme)

55.  Jamais en science la preuve ne constitue une certitude sans la contre-épreuve. L'analyse ne peut se prouver d'une manière absolue que par la synthèse qu'on effectuerait d'abord, devrait être démontrée ensuite par l'analyse. (ieme)

56. Ce qu'on appelle actuellement exception est simplement un phénomène dont une ou plusieurs conditions sont inconnues, et si les conditions des phénomènes dont on parle étaient connues et determinées, il n'y aurait plus d'exceptions, pas plus en médecine que dans toute autre science. (ieme)

57.  Les faits ne s'excluant jamais, ils s'expliquent seulement par les différences de conditions dans lesquelles ils sont nés. (ieme)

58.  Notre sentiment nous porte à croire, dès l'abord, que la vérité absolue doit être de notre domain; mais ll'étude nous enlève peu à peu de ces prétentions chimériques. La science a précisément le privilége de nous apprendre ce que nous ignorons, en substituant la raison et l'expérience au sentiment, et en nous montrant clairement la limite de notre connaissance actuelle. Mais, par une merveilleuse compensation, à mesure que la science rabaisse ainsi notre orgueil, elle augmente notre puissance. (ieme)

59.  Il est admis en général que la synthèse vérifie l'analyse dont elle n'est que la contre-épreuve ou le complément nécessaire, (ieme)

60.  Nous distinguons aujourd'hui trois ordres de propriétés, manifestées dans les phénomènes des êtres vivants: propriétés physiques, propriétés chimiques et propriétés vitales. Cette dernière dénomination de propriétés vitales n'est, elle-même, que provisoire; car nous appelons vitales les propriétés organiques que nous n'avons pas encore pu réduire à des considérations physico-chimiques; mais il n'est pas douteux qu'on arrivera un jour. (ieme)

61.  L'expérience doit toujours être instituée en vue d'une idée préconcue, peu importe que cette idée soit plus ou moins vague, plus ou moins bien définie. Quant à la constatation des résultats de l'expérience, qui n'est elle-même qu'une observation provoquée, je pose également en principe qu'elle doit être faite là comme dans toute autre observation, c'est-à-dire sans idée préconçue. (ieme)

62.  La morale ne défend pas de faire des expériences sur son proachain ni sur soi-même; dans la pratique de la vie, les hommes ne font que faire des expériences les uns sur les autres. La morale chrétienne ne défend qu'une seule chose, c'est de faire du mal à son proachain. Donc, parmi les expériences qu'on peut tenter sur l'homme, celles qui ne peuvent que nuire sont défendues, celles qui son innocentes sont permises, et celles qui peuvent faire du bien sont commandées. (ieme)

63.  L’idée, c’est la graine ; la méthode, c’est le sol qui lui fournit les conditions de développer, de prospérer et de donner les meilleurs fruits suivant sa nature. Mais de même qu’il ne poussera jamais dans le sol que ce qu’on y sème, de même il ne se développera par la méthode expérimentale que les idées qu’on lui soumet. (ieme)

64.  Les hommes qui ont pressentiment de vérités nouvelles sont rare ; dans toutes les sciences, le plus grand nombre des hommes développe et poursuit les idées d’un petit nombre des autres. (ieme)

65.  Une grande découverte est un fait, qui, en apparaissant dans la science, a donné naissance à des idées lumineuses, dont la clarté a dissipé un grand nombre d’obscurités et montré des voies nouvelles. (ieme)

66.  On a souvent dit que, pour faire des découvertes, il fallait être ignorant. Cette opinion, fausse en elle-même, cache cependant une vérité. Elle signifie qu’il vaut mieux ne rien savoir que d’avoir dans l’esprit des idées fixes appuyés sur des théories dont on cherche toujours la confirmation en négligeant tout ce qui ne s’y rapport pas. (ieme)

67.  Il ne fallait jamais faire des expériences pour confirmer ses idées, mais simplement pour les contrôler ; ce qui signifie, en autre termes, qu’il faut accepter les résultats de l’expérience tels qu’ils se présentent, avec tout leur imprévu et leurs accidents. (ieme)

68.  Il arrive encore tout naturellement que ceux qui croient trop à leurs théories ne croient pas assez à celles des autres. (ieme)

69.  Les grands hommes peuvent être comparés à des flambeaux qui brillent de loin en loin pour guider la marche de la science (ieme)

70.  Pour les arts et les lettres, la personnalité domine tout. Il s’agit là d’une création spontanée de l’esprit, et cela n’a plus rien de commun avec la constatation des phénomènes naturels, dans lesquels notre esprit ne doit rien créer. (ieme)

71.  Donc, parmi les expériences qu’on peut tenter sur l’homme, celles qui ne peuvent que nuire sont défendues, celles qui sont innocentes sont permises, et celles qui peuvent faire du bien sont commandées. (ieme)

72.  Il n’y a jamais de mauvaises expériences ; elles sont toutes bonnes dans leurs conditions déterminées, de sorte que les résultats négatifs ne peuvent infirmer les résultats positifs. (ieme)

73.  Je considère l’hôpital seulement comme le vestibule de la médicine scientifique ; c’est le premier champ d’observation dans lequel doit entrer le médecin, mais c’est le laboratoire quoi est le vrai sanctuaire de la science médicale ; c’est là seulement qu’il cherche les explications de la vie à l’état normal et pathologique au moyen de l’analyse expérimentale. (ieme)

74.  Quand le fait qu’on rencontre est en opposition avec une théorie régnante, il faut accepter le fait et abandonner la théorie, lors même que celle-ci, soutenue par les grands noms est généralement adoptée. (ieme)

75.  Quand on entre sur un terrain neuf, il ne faut pas craindre d’émettre des vues me hasardées afin d’exciter la recherche dans toutes les directions. (ieme)

76.  Les théories sont comme des degrés successifs que monte la science en élargissant de plus en plus son horizon, parce que les théories représentent et comprennent nécessairement d’autant plus de faits qu’elles sont plus avancées. (ieme)

77.  Les théories ne sont que des hypothèses vérifiées par un nombre plus ou moins considérable de faits ; celles qui sont vérifiées par le plus grand nombre de faits sont les meilleures ; mais encore ne sont-elles jamais définitives et ne doit on jamais y croire d’une manière absolue. (ieme)

78.  En thérapeutique surtout, la nécessité de la expérience comparative a toujours frappé les médecins doués de l’esprit scientifique. On ne peut juger de l’influence d’un remède sur la marche et la terminaison d’une maladie, si préalablement on ne connaît la marche et la terminaison naturelles de cette maladie. (ieme).

79.  L’expérience comparative est la condition sine qua non de la médicine expérimentale et scientifique, autrement le médecin marche à l’aventure et devient le jouet de mille illusions. Un médecin qui essaye un traitement et qui guérit ses malades est porté a croire que la guérison est due à son traitement. Souvent des médecins se vantent d’avoir guéri tous leurs malades par un remède qu’ils ont employé. Mais la première chose qu’il faudrait leur demander, ce serait s’ils ont essayé de ne rien faire. (ieme)

80. L'expérimenteur qui ne sait pas ce qu'il cherche ne comprend pas ce qu'il trouve. (Rapport sur le progrés de la physiologie générale en France, 1867, p.185).